Une hausse de l’inflation et un ralentissement de la croissance économique
Mais les taux resteront probablement stables
En début d’année, les économistes de Schroders tablaient encore sur une économie dont les performances seraient supérieures aux prévisions, mais le choc inflationniste direct lié aux développements au Moyen-Orient les a contraints à réduire leurs estimations de croissance. Les prix de l’énergie dominent l’actualité et devraient rester élevés jusqu’au troisième trimestre. Dans le même temps, des hausses plus larges des prix, notamment pour les denrées alimentaires et les biens industriels, mettront le pouvoir d’achat sous pression et freineront la croissance. Schroders table donc sur une croissance économique mondiale de 2,5 % cette année et de 2,6 % en 2027, contre des prévisions de respectivement 2,9 % et 2,7 %.
La situation actuelle est fondamentalement différente de la crise énergétique qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. L’économie mondiale affiche désormais une dynamique moindre, les pouvoirs publics mènent des politiques moins stimulantes et les ménages ont moins d’épargne pour faire face aux hausses de prix. Même si les grandes économies devraient éviter une récession, la marge est faible. Selon l’analyse, la croissance plus faible devrait toutefois éviter une hausse structurelle de l’inflation et une nouvelle hausse agressive des taux d’intérêt par les banques centrales.
L’impact du choc énergétique varie fortement d’une région à l’autre. Les États-Unis sont relativement protégés grâce à la production d’énergie domestique, tandis que la zone euro est particulièrement vulnérable. Dans le même temps, la situation au Moyen-Orient demeure des plus incertaines. Selon l’analyse, la probabilité d’une nouvelle escalade semble à peu près aussi grande qu’une percée diplomatique.
Les marchés financiers espèrent un accord entre les États-Unis et l’Iran qui permettrait de rouvrir rapidement le détroit d’Hormuz. Si l’on ajoute à cela le départ des Émirats arabes unis de l’OPEP, cela pourrait même conduire en fin de compte à un excédent de pétrole mondial. Dans un tel scénario, les prix du pétrole pourraient retomber à environ 50 dollars le baril, ce qui réduirait l’inflation, permettrait aux banques centrales de baisser leurs taux d’intérêt et soutiendrait l’économie mondiale.
Face à ce scénario optimiste, le risque d’une nouvelle escalade est toutefois présent. Dans ce cas, les prix du pétrole pourraient atteindre environ 150 dollars le baril, ce qui pourrait relancer l’inflation de manière significative. Les banques centrales pourraient alors d’abord être forcées de relever les taux d’intérêt, pour les assouplir rapidement plus tard si l’économie mondiale entrait en récession en 2027.
Aux États-Unis, le conflit avec l’Iran a considérablement modifié la marge de manœuvre de la Réserve fédérale. Selon l’analyse de Schroders, les baisses de taux d’intérêt étaient déjà fondamentalement difficiles à justifier cette année et, en raison des nouvelles pressions inflationnistes, elles semblent encore moins probables. La question centrale consiste désormais à savoir si la Fed peut tout simplement laisser les taux inchangés ou si elle devra finalement les resserrer à nouveau. Concernant son scénario de base, Schroders part toujours du principe que les hausses de taux seront évitées et que la Fed pourra à nouveau procéder à un assouplissement en 2027, même si l’issue demeure incertaine.
La situation se détériore également en Europe. La dynamique de croissance dans la zone euro ralentit après le choc énergétique. Les indicateurs des responsables des achats montrent une contraction économique, tandis que le secteur des services perd également de la vigueur. Schroders estime dès lors que les attentes du marché concernant deux hausses de taux par la BCE cette année sont trop agressives.
Le Japon fait exception. L’économie y est soutenue par des mesures budgétaires et de fortes hausses salariales. Si l’on ajoute à cela la hausse des prix de l’énergie et un yen plus faible, l’inflation restera probablement supérieure à l’objectif, ce qui devrait permettre à la Banque du Japon de poursuivre la normalisation de sa politique.
Pendant ce temps, en Chine, l’espoir grandit de voir l’économie échapper enfin à plusieurs années de déflation. La hausse des prix et une croissance plus forte que prévu alimentent cet optimisme. Dans le même temps, la crise immobilière reste un frein important à une reflation durable. Le contexte macro-économique plus faible commence à faire à nouveau pression sur les actions chinoises et pourrait finalement limiter la hausse du renminbi.
Les marchés restent calmes
Pour l’instant, les marchés financiers restent relativement calmes. Cela suggère que les investisseurs tablent sur un scénario modéré. Mais plus les tensions au Moyen-Orient persistent, plus le risque est grand que la hausse de l’inflation et celle des taux d’intérêt viennent ternir le tableau.
Lire aussi Economic and Strategy Viewpoint Q2 2026, rédigé par les économistes de Schroders.