La croissance de la zone euro se maintient, mais fera face à davantage de vents contraires en 2027
L'économie de la zone euro s'avère plus résistante que prévu après le choc énergétique. La croissance au deuxième trimestre s'est avérée moins mauvaise que prévu et les indicateurs de confiance récents laissent toujours entrevoir une croissance modérée. Toutefois, la situation risque de devenir moins favorable en 2027. Une inflation tenace, de nouvelles hausses des taux d’intérêt et l’incertitude politique pourraient freiner la croissance dans la zone euro, estime David Rees, économiste en chef chez Schroders.
L'économie de la zone euro a réservé une bonne surprise au deuxième trimestre. Même en faisant abstraction des chiffres irlandais, qui ont connu une forte volatilité, le produit intérieur brut a progressé d’environ 0,3 % par rapport au trimestre précédent. La stagnation redoutée à la suite du choc énergétique n’a donc pas eu lieu. Les derniers chiffres de l’indice PMI indiquent également une croissance modérée, ce qui laisse penser que l’économie a démarré le second semestre sur des bases plus solides qu’on ne l’avait initialement supposé.
Il existe toutefois trois raisons pour lesquelles la croissance risque de perdre de son éclat au cours des prochains trimestres.
1. L'industrie bénéficie d'un soutien moindre
Tout d’abord, les indicateurs avancés de l’industrie mondiale commencent à s’affaiblir. La reprise de l’industrie dans la zone euro s’est jusqu’à présent avérée modeste. Un ralentissement de l’économie mondiale pourrait donc exercer une pression supplémentaire sur la demande de produits européens et sur la production, d’autant plus que l’effet positif lié à la résorption des anciens arriérés de commandes s’estompe.
Le secteur des services devrait continuer à apporter un certain soutien, mais celui-ci ne devrait pas suffire à élargir ou à renforcer sensiblement la reprise. Il sera donc difficile de maintenir le rythme de croissance actuel.
2. L'inflation continue de peser sur le pouvoir d'achat
Un deuxième risque réside dans la persistance de l'inflation. Les prix du pétrole devraient rester élevés pour le moment, tandis que divers indicateurs laissent entrevoir une éventuelle reprise de l'inflation sous-jacente.
L’inflation globale pourrait reculer dès que l’effet direct de la hausse des prix de l’énergie s’estompera. Toutefois, les pressions sous-jacentes sur les prix restent tenaces. Selon cette analyse, l’inflation dans le secteur des services et la hausse des salaires, en particulier, sont encore trop élevées pour convaincre la Banque centrale européenne que l’inflation est revenue durablement à l’objectif de 2 %.
3. La hausse des taux d'intérêt se fera davantage sentir en 2027
Le troisième frein à la croissance provient de la politique monétaire. La BCE a réagi rapidement en relevant ses taux d'intérêt, et la relative vigueur de l'économie rend probable de nouvelles hausses. On s'attend désormais à ce que la BCE relève le taux de dépôt de 25 points de base en septembre puis en décembre, pour le porter à 2,75 %. La hausse des coûts de financement se répercute généralement sur l'économie avec un certain décalage. De ce fait, l'impact le plus important sur la demande ne devrait se faire sentir qu'en 2027. Cet effet est en partie compensé par la politique budgétaire plus expansive de l'Allemagne.
Les Allemands mènent la danse
Le programme budgétaire allemand reste un pilier essentiel des perspectives de la zone euro. Le gouvernement alloue davantage de moyens à la défense et aux infrastructures et a annoncé des réformes visant à accélérer les procédures d'autorisation, à éliminer les goulets d'étranglement et à mettre en œuvre plus rapidement les projets d'investissement.
Ces mesures devraient soutenir l’économie allemande et pourraient également avoir des retombées positives pour d’autres pays de la zone euro, par le biais du commerce et des investissements. Parallèlement, la politique joue un rôle de plus en plus important, alors que le gouvernement allemand s’efforce de contrer la montée en puissance des partis populistes de droite.
Les élections accentuent l'incertitude politique
Les risques politiques devraient devenir un enjeu plus important pour les marchés financiers en 2027. L'Italie, l'Espagne et la France seront toutes confrontées à des élections majeures. La France semble constituer le risque le plus important à cet égard. Le pays est confronté à des finances publiques fragiles et à un paysage politique très divisé. À cela s'ajoute la possibilité que Marine Le Pen se présente à l'élection présidentielle.
Une nouvelle crise systémique dans la zone euro n’est pas inévitable pour autant. Toutefois, les incertitudes concernant la politique budgétaire et les futures coalitions gouvernementales pourraient régulièrement entraîner des turbulences sur les marchés des obligations d’État, des actions et de l’euro.
Pour en savoir plus, consultez le document Economic and Strategy Viewpoint - T3 2026 rédigé par les économistes de Schroders.
Serge Vanbockryck